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QUATRIÈME AUDIENCE PUBLIQUE DE LA CVJR

Posté le 20/09/2021

Des victimes d’atteintes au droit à la liberté, au droit à la vie et de disparitions forcées ont témoignés.

La quatrième audience publique de la CVJR s’est tenue le samedi 18 septembre 2021 au CICB sous la présidence du Ministre de la réconciliation, de la paix et de la cohésion nationale, chargé de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale, Colonel Major Ismaël Wagué. Plusieurs hautes personnalités du Mali, des représentants des chancelleries étrangères, des partenaires techniques et financiers et de la société civile y ont pris part.

Une occasion pour la CVJR de donner la parole à des victimes sur les violations graves de droit de l’Homme commises au Mali de 1960 à nos jours.

 

D’une part, les audiences publiques de la CVJR sont des moments de libérations pour les victimes, témoins et survivants et l’opportunité pour les citoyens de comprendre le dérouler de certains évènements marquants du pays, d’autre part.

 

Il faut rappeler que ces audiences publiques de la CVJR ont pour but d’établir la vérité, de rendre aux victimes leur dignité et une reconnaissance nationale voire contribuer à la réconciliation et la stabilisation. Ce sont également des Audiences centrées sur des thématiques et cette quatrième est un condensé des trois autres précédents.

 

Pendant cette audience, l’assistance fut très émue par les témoignages dont 3 témoignages collectifs, emblématiques dont 2 duos et 1 trio ; et 10 témoignages individuels. Il est important de noter que la sélection des témoins a été faite sur la base de la diversité ethnique, régionale, de sexe, de période historique et de catégorie.

 

Ainsi, les 17 témoins à avoir partagé leurs récits, à cette quatrième audience publique de la CVJR, le samedi 18 septembre 2021 sont :

 

1. Gaoussou DIARRA ;    Maître Mariam DIAWARA et Abdoulaye SISSOKO

-        Nature de la violation subie : Atteintes au droit à la liberté et atteintes au droit à l’intégrité physique et psychologique.

-        Lieu de la violation : Bamako et plusieurs localités du pays dont Kidal.

-        Année de violation : 1968

-        Auteurs institutionnels : Etat Malien

-        Conséquences des violations    : Stigmatisation ; dislocation  des familles ; discrimination ; destruction des biens etc.

 

Le coup d’Etat du 19 novembre 1968 ayant renversé le régime du Président Modibo KEITA, a  occasionné son arrestation et celle de 40 autres cadres de l’administration, de ses compagnons  et collaborateurs dont leurs propres parents. Ils ont été détenus arbitrairement dans un premier  temps à la permanence du parti puis déportés un peu partout dans le pays. Pendant leur détention, ils ont subi plusieurs types de violations graves des droits des droits de l’homme tels que les tortures, traitements cruels, inhumains ou dégradants. Leurs parents ont passé dix ans en détention puis libérés sans être jugés. En plus des conséquences ci-dessus citées, certaines femmes victimes ont été privées d’observer leur veuvage. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé de participer à cette audience publique afin de partager leur souffrance avec le peuple malien et la communauté internationale, 40 ans plus tard.

 

2. Amidi AG KANINE

- Nature de la violation subie : Atteintes au droit à la vie

- Lieu de la violation : Ménaka

- Période de violation : 2017

- Auteurs institutionnels : Groupes armés non identifiés

- Conséquences des violations : pertes de vies humaines, traumatises, dégâts matériels et déplacement forcé etc.

 

Le campement de la victime a été attaqué par un groupe armé en 2017 et ils n’ont épargné que trois vieilles femmes. A son retour, la victime et les 03 vieilles se sont débrouillées pour enterrer les corps. Elle a perdu son père et 04 frères de lait au cours de ce massacre. Cet acte ignoble a provoqué le déplacement forcé de la victime. La victime souhaite que son campement soit réhabilité, que justice soit faite afin que de tels actes ne se reproduisent plus.

 

3. Yoro 1 et YORO 2 anonymes

-        Nature de la violation subie : disparition forcée

-        Lieu de la violation : Yoro (Mopti)

-        Période de violation : 17 juin 2019

-        Auteurs institutionnels : Groupes armés Djihadistes

-        Conséquences des violations : pertes de vies humaines et matérielles, pillages, enrôlements forcés d’enfants de moins de 13 ans etc.

 

Le village de Yoro dans le cercle de Bankass a été attaqué le 17 juin 2019 par les groupes armés djihadistes causant la mort de 95 personnes dont 15 membres de leur famille. Cette attaque a engendré des conséquences énormes pour le village : des greniers et moyens de déplacement ont été brûlés ; les édifices de bases ont été pillées et brûlées ; le barrage, les puits à grand diamètre et les châteaux d’eau ont été sabotés. Tous les animaux ont été emportés dans leur retrait. Ce sont des actes inhumains qui dénaturent l’humanité tout entière et dépassent l’entendement. Les villageois ont passé 4 mois sans dormir assez et pendant lesquels il y avait tout le temps des attaques systématiques puis sporadiques. Ces djihadistes sont toujours présents dans le village et les femmes sont à leur merci. Ce qui a provoqué beaucoup de divorces. Les habitants du village se demandent souvent s’ils font partis du Mali ? Leur vœu le plus ardent aujourd’hui est le renforcement de la sécurité, la réhabilitation des points d’eau, la réouverture des classes et le déminage des voix d’accès.

 

4. Fousseyni DIALLO et Binta DEMBELE

-        Nature de la violation subie : Atteintes au droit à la vie

-        Lieu de la violation : Koulogon-Peuhl

-        Année de violation : 2019

-        Auteurs institutionnels : Donso

-        Conséquences des violations : pertes de vies humaines, pillages, déplacements forcés etc.

 

Le village de Koulogon-Peulh fut attaqué le 1er janvier 2019 par les Donso. Cette attaque a coûté la vie à 45 personnes dont 15 membres de la famille DIALLO. Trois ans après cette attaque horrible, le village a reçu une délégation de haut niveau conduite par le Président de la République de l’époque qui est partie se recueillir sur la tombe des personnes assassinées. Le Président avait instruit au chef d’état-major général de l’armée de prendre des dispositions pour sécuriser le village et en application de cette instruction des militaires sont restés au village pendant 07 mois. Après leur départ, les assaillants sont retournés pour saccager tout ce qui restait comme biens matériels. Le baptême d’un nouveau-né devrait avoir lieu ce 1er janvier 2019, mais malheureusement ce baptême n’a plus eu lieu car ce bébé a été calciné au cours de la même attaque. Suite à cela, certaines familles ont été obligées de quitter le village.

 

 

5. Korotoumou SANGARE

-        Nature de la violation subie : enlèvement, séquestration et mariage forcé

-        Lieu de la violation : Gatji commune de Youarou (Mopti)

-        Année de violation : 2012

-        Auteurs institutionnels : Djihadistes

-        Conséquences des violations : stigmatisation, humiliation, déplacement forcé etc.

 

En 2012, un lundi vers 11 heures des hommes armés sont venus enlever la maman de la victime à cause de sa beauté physique pour la remarier de force. La victime et ses frères ont été obligés de quitter le village pour Niono à cause de la stigmatisation. Une année après, la maman les a trouvés à Niono très « tripotée » et méconnaissable. Depuis lors la maman n’a plus retrouvé une bonne santé, elle était tout le temps malade jusqu’à son décès. C’est son mari qui prend ses frères et elle-même en charge. La victime ne souhaite pas que de tels actes arrivent à une autre femme dans le monde.

 

6. Abdoulaye YATTASSAYE

-        Nature de la violation subie : Atteintes au droit à la vie (exécution sommaire et extrajudiciaire)

-        Lieu de la violation : Niono

-        Année de violation : 2013

-        Auteurs institutionnels : FAMAS

-        Conséquences des violations : faillite de la société, chômage des employés, remboursements des dettes, biens saisis par les banques, perte de notoriété etc.

 

Suite à un différend survenu au sein du collectif des éleveurs de Niono, l’oncle de la victime du nom d’Ousmane YATTASSAYE a été arrêté par la gendarmerie de Niono. Cette interpellation lui a coûté la vie car des hommes armés en tenue militaires sont venus le chercher dans la cour de la gendarmerie pour l’emmener vers une destination inconnue. Au cours de leurs recherches, ils ont été informés par un berger que l’oncle a été tué et enterré derrière la résidence du Commandant de Brigade. Grâce aux contacts, une délégation spéciale du Ministère de la justice a quitté Bamako pour Niono afin de procéder à l’inspection et l’exhumation du corps. Ce qui leur a permis de trouver le corps dans le lieu indiqué. Depuis ce jour jusqu’à la date d’aujourd’hui, le dossier est bloqué au niveau du tribunal de la commune III du district de Bamako. Ils ont aussi saisi le Médiateur de la République à 03 reprises sans suite favorable. Ils veulent savoir ce qui s’est passé et pourquoi Mr Ousmane a été tué.

 

7. Assagaidou Adama TOURE

- Nature de la violation subie : Arrestation et détention arbitraires accompagnées de tortures, traitements inhumains et dégradants.

- Lieu de la violation : Gao

- Année de violation : 2013

- Auteurs institutionnels : FAMAS

- Conséquences des violations : Séquelles physiques, traumatismes et perte de mémoire etc.

 

Par amalgame, la victime été arrêtée par l’armée malienne en février 2013 à Gao. Ils ont fouillé toute sa maison et saccagé beaucoup de choses croyant qu’elle est membre du MUJAO. La victime été ligotée, les mains dans le dos avec les yeux bandés et conduite dans le camp 2 de l’armée à Gao où elle était soumise à un interrogatoire sévère. Ils l’ont torturée, humiliée avant de l’envoyer à la gendarmerie de Gao, là encore c’était le même interrogatoire. Elle a été privée de la nourriture apportée par sa propre famille et enchaînée avec un autre détenu. Trois jours après, la victime été libérée. Mais, ce qui l’a le plus touché, c’est cette humiliation subie, et de la part de l’armée de son propre pays.

 

8. Mohamed Yahia OULD HASNI

-        Nature de la violation subie : disparition forcée

-        Lieu de la violation : Tombouctou

-        Période de violation : 1991

-        Auteurs institutionnels : FAMAS

-        Conséquences des violations : incertitude sur le sort de notre père, déplacement forcé, traumatisme etc.

 

Le 12 mai 1991, le père de la victime a été enlevé par l’armée malienne qui l’a emmené vers une destination inconnue. Il a laissé dernière lui deux femmes et 05 enfants. Le père de la victime était le seul soutien de la famille et sa disparition les a beaucoup impactés. La famille a quitté Tombouctou par peur de représailles depuis cette violation et leurs mamans ne veulent plus y retourner. La famille veut savoir où se trouve la tombe de leur père et souhaite que les coupables soient punis.

 

9. Alhousseyni DIABY

-        Nature de la violation subie : Atteintes au droit à la vie (assassinat)

-        Lieu de la violation : Kidal

-        Année de violation : 2011

-        Auteurs institutionnels : Groupes armés non identifiés

-        Conséquences des violations : Traumatisme, isolement, dégout de la vie etc.

 

Le frère jumeau de la victime a été assassiné le 03 décembre 2011 à Kidal dans sa maison par 03 hommes armés et enturbannés. Les assaillants l’ont d’abord assommée avant de vider leur arme sur son frère qui a rendu l’âme dans un bain de sang. Depuis ce jour, la victime vit le cauchemar et souffre de traumatismes psychologiques. Elle a le dégoût de la vie, s’isole permanemment et garde toujours la chemise maculée du sang de son frère. Selon le dernier vœu de son père, la victime voudrait savoir qui a tué son frère et pourquoi.

 

10. Maguine AG ERTANE

-        Nature de la violation subie : Arrestation et détention arbitraire suivi de tortures, de traitements cruels et humiliants

-        Lieu de la violation : Tin Essako (Kidal)

-        Année de violation : 1990

-        Auteurs institutionnels : FAMAS

-        Conséquences des violations : pertes de vies humaines, séquelles et déplacement forcé etc.

 

11. Awa DOUMBIA

-        Nature de la violation subie : Atteintes au droit à la vie

-        Lieu de la violation : Gao

-        Année de violation : 2015

-        Auteurs institutionnels : Non identifié !

-        Conséquences des violations : enlèvement, disparition forcée etc.

 

Elle a été une victime collatérale d’un obus qui a explosé à Gao le 15 avril 2015. Les fragments de cet obus ont touché sa fille qui se trouvait sur le toit de la maison entrain de réviser ses leçons pour préparer un examen. Suite à cela, sa fille a été évacuée à l’hôpital de Gao et malheureusement ses membres inférieurs ont été coupés. Cette dernière n’a pas pu supporter l’opération et est finalement décédée quelques semaines après.

 

12. Abdoul Karim MAÏGA

-        Nature de la violation subie : Exécution extraordinaire et tortures

-        Lieu de la violation : Kanaou (Tombouctou)

-        Année de violation : 2016

-        Auteurs institutionnels : Hommes enturbannés

-        Conséquences des violations : Précarité, Stigmatisation et déplacement etc.

 

En 2016 la victime a perdu deux oncles à Kanaou (Tombouctou). Un a été assassiné et un autre enterré vivant par des hommes enturbannés à cause d’un différend autour d’une bourgoutière qu’ils exploitaient depuis le temps de leurs ancêtres. C’est un groupe de 5 à 7 personnes qui ont commis ce forfait. La famille s’est résignée et se remet à Dieu. Elle prie aussi pour que la paix revienne au Mali.

 

13. Amidou GUINDO

-        Nature de la violation subie : Atteintes au droit à la vie

-        Lieu de la violation : Darsalam (Bankass)

-        Période de violation : 2019

-        Auteurs institutionnels : Groupes armés islamistes

-        Conséquences des violations : pertes de vies humaines, pillages, vols de bétails et déplacements forcés etc.

 

Son village a été attaqué par les groupes armés en 2019 causant la mort de 06 personnes dont son père et son fils. Les assaillants ont pillé et brûlé des greniers et plus de 60 motos. Ils ont emporté tous les animaux avec eux. Tous les habitants ont quitté le village pour aller à Bankass qui se trouve à 150 Km du village. Les villageois souhaitent que la sécurité soit renforcés afin qu’ils puissent retourner dans leur village. Ils ont besoin d’aide et de soutien matériel.